La sœur tourière de l'espérance

Prédication du fr. Jean Baptiste Rendu op pour le dimanche 22 mars.


« La nuit vient où personne ne pourra plus travailler. »


D’un point de vue géographique, la nuit est la période comprise entre le coucher et le lever du soleil. Cette période, vous le savez bien, commence par le crépuscule du soir (une lumière faible et incertaine), se poursuit par un défaut total de lumière solaire, qu'elle soit directe ou réfléchie, et se termine par l'aube d’un nouveau jour où la lumière du soleil levant commence à blanchir l’horizon. Si donc l’avènement de la lumière marque le début d’un nouveau jour, l'évènement caractérisant la nuit c’est l’obscurité, à savoir l'absence de lumière.


D’un point de vue anthropologique, la nuit constitue une expérience humaine fondamentale et universelle. « Bonsoir », « Bonne nuit » « Avez-vous bien dormi ? » sont des formules de politesse, rituelles et quasi universelles.


Quand la nuit n'est pas le domaine de l'astronome, du naturaliste spécialiste des espèces nocturnes, de l’événementiel ou du fêtard, elle est tantôt associée à des images positives (la nuit c’est le repos, l'amour, les rêves, les promenades romantiques au clair de Lune, la magie d’un ciel étoilé...), tantôt associés aux dangers, à la peur, aux angoisses, aux fantasmes car la nuit le monde visible s’estompe pour laisser la place à l’invisible ! Donc rien d’étonnant si les contes, les légendes ou mythes associent la nuit à des pouvoirs maléfiques, une certaine magie, à des créatures fantastiques : gnomes, vampires, loups garous et autres esprits ou monstres qui hantent nos nuits.


D’un point de vue sémantique maintenant, remarquons que la langue française unis dans une relation très forte « la nuit » au « jour ». Bien qu’ils désignent à première vue deux contraires, les linguistes aiment à parler de la « nuit et du jour » comme d’un « couple de mots » où l’un ne peut pas se dire sans l’autre. En effet, si nous voulons avec un minimum de précision définir, la nuit, nous devrons dire qu'elle est, à l'intérieur de la durée de 24 heures déterminée par la rotation de la Terre, la fraction qui s'écoule entre le coucher et le lever apparents du Soleil, et inversement nous définirons le jour comme, de la même durée totale, la fraction comprise entre le lever et le coucher du Soleil. Il y a donc bien un élément de signification commun : l'inclusion dans la durée de 24 heures ! Mais nous rencontrons cependant un paradoxe car pour désigner cet élément commun autrement que par une périphrase, la langue française, comme chacun le sait, ne dispose que d'un seul TERME : le mot JOUR ! En effet, qui dit « 15 jours de confinement » implique aussi « 15 nuits ». Ainsi, le couple jour /nuit n'oppose pas deux contraires à part égale, et l’on peut donc affirmer que la nuit n'est que « l’autre du jour », ou encore, son envers : « Il n'est pas de nuit qui n'ait de jour » disait très justement Maître Eckhart.


Oui la nuit est pleine de mystères ! Quoi qu’il en soit, que ce soit pour se reposer, pour aimer, pour rêver, pour se mettre à l’abri du danger, la nuit, « l’autre du jour », est habituellement le temps du confinement, où l’on se retire et reste chez soi !


Pour chacun de nous et de nos fidèles, depuis quelques jours déjà, et pour un temps indéterminé, notre quotidien ressemble de près à ce que peut-être l’épreuve de la nuit !


Être dans la nuit alors qu’il fait jour, c’est également la situation dans laquelle se trouve être l’homme de notre évangile. Depuis sa naissance, en raison de sa cécité, il vit sans cesse dans l’obscurité, isolé dans ses peurs, confiné dans un jugement faux et méprisant à son égard : « il est l’aveugle, né dans le péché » !


C’est bien cet homme délaissé que Jésus prend le temps de rencontrer à plusieurs reprises. Dans une première rencontre, Jésus fait le geste qui le guérit de sa cécité naturelle, puis, dans un deuxième temps, c’est le cœur de cet aveugle qu’il ouvre à une autre lumière, la vraie lumière : Jésus-Christ, envoyé par le Père pour illuminer le monde de sa présence.


Ainsi, comme bien d’autres avant lui (pensons par exemple à Jacob dans sa lutte avec l’ange), c’est dans l’épreuve de la nuit que Dieu entreprend son œuvre de miséricorde. Alors que tout semble perdu, de manière inattendue, sa parole fait brèche dans les déterminismes qui cantonne une existence subie et non pleinement vécue ! Oui, « il n’ait pas de nuit qui n’ait de jour » ! Ou pour le autrement avec les mots de Péguy : la nuit, n’est pas le néant, ni encore moins le chaos, mais « la nuit est la fille de Dieu, la sœur tourière de l’Espérance »


En ces jours, nous aussi nous avons à consentir à vivre dans le faux semblant de la nuit. Sommes-nous prêts à nous tenir dans cette nuit, qui nous fait aspirer à la lumière, dans la certitude que Dieu a pour projet de nous faire participer à sa lumière et à l’avènement d’un jour nouveau.

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