Démarche synodale : n’ayons pas peur !

Message de Mgr Olivier de Germay


Notre Église s’est lancée dans une démarche synodale inédite. Dans le contexte actuel, cette démarche fait naitre de grandes espérances chez certains, des doutes ou des craintes chez d’autres. A ceux-là, je voudrais dire : n’ayez pas peur ! Marchons ensemble et laissons-nous guider par l’Esprit Saint !

Pourquoi une telle démarche synodale ? La mission d’évangéliser est confiée par le Seigneur à l’Église tout entière. Si les ministres ordonnés ont un rôle particulier à jouer, les fidèles sont également concernés car « à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12,7). Le Concile Vatican II a encouragé la synodalité en instaurant le Synode des évêques. Il affirme aussi que « la collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint, ne peut se tromper dans la foi »[1]. Au sein des diocèses et des paroisses, une certaine synodalité existe déjà, permettant une belle collaboration entre les différents états de vie. Il faut maintenant aller plus loin afin que l’Église s’appuie davantage sur les dons que Dieu lui fait : les dons charismatiques comme les dons hiérarchiques. Dès le début de son pontificat, le Pape François a exprimé cette conviction : « le chemin de la synodalité est celui que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire »[2]. C’est pourquoi il nous invite à marcher ensemble. Le but d’une démarche synodale n’est pas d’organiser des débats, il est de se mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint pour discerner les chemins de la mission dans le monde d’aujourd’hui. Au niveau de l’Église universelle, trois instances interviennent dans le processus synodal : le Pape (primauté), le collège des évêques (collégialité) et l’ensemble du Peuple de Dieu (synodalité). Il ne s’agit pas de trois réalités séparées – le Pape fait partie du collège des évêques et les évêques font partie du Peuple de Dieu – mais elles ont des rôles distincts et complémentaires. A l’initiative du Pape, les membres du Peuple de Dieu vont d’abord se rencontrer, s’écouter, s’exprimer, chercher à discerner la volonté de Dieu à partir de ce qu’ils vivent localement. Dans une deuxième étape, les évêques vont faire la même chose à partir des remontées des différents continents. Il reviendra ensuite au Pape, à partir des conclusions du Synode des évêques, d’en tirer des conclusions pour l’Église universelle. Le processus ne sera cependant pas terminé puisque ces orientations auront à être mises en œuvre localement dans un même esprit synodal. Nous ne savons pas encore ce que l’Esprit Saint suscitera à travers cette démarche, mais nous aurons certainement à mieux intégrer le fait que la fécondité pastorale est le fruit d’une communion dans l’altérité. Nous pouvons nous attendre à une transformation de notre façon de vivre en Église, non seulement au niveau de l’Église universelle mais aussi au niveau des diocèses, des paroisses, des mouvements, services, etc.

Comment vivre cette démarche dans le diocèse de Lyon ? Dans le récit d’Emmaüs (Lc 24), on voit comment Jésus fait route avec les disciples et se met à leur écoute. Alors qu’ils voient en lui « le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé » (v18) – ce qui est un comble ! – Jésus aurait pu tout de suite leur dire la vérité. Mais il préfère les laisser exprimer ce qui habite leur cœur. C’est aussi ce que nous devons apprendre à faire entre nous ! Cette écoute respectueuse laisse place à un dialogue au cours duquel Jésus les renvoie à l’Écriture. La Parole de Dieu doit avoir une place centrale dans l’expérience synodale. L’échange les conduit ensuite à une expérience spirituelle qui les touche au cœur (v32). La route parcourue ensemble les introduit finalement au cœur du mystère pascal qui est le lieu de toute vraie croissance spirituelle. Leurs yeux s’ouvrent. La marche avec Jésus les a déplacés, transformés. Ils sont passés de la tristesse à la joie, de la non-foi à la foi, du découragement à l’élan missionnaire. Cela doit être aussi le but de nos rencontres synodales. Il ne s’agit pas simplement de changer nos procédures ou nos structures, mais de vivre une expérience spirituelle qui nous transforme. Cela suppose de la part de chacun une capacité à se remettre en question. Si nous sommes persuadés d’avoir la vérité tout entière et cherchons simplement à convaincre les autres, à faire passer nos idées ou celles de notre clan, le dialogue sera stérile. Je voudrais insister sur la façon d’aborder ces rencontres car cela me semble primordial. Si nous voulons qu’elles soient le lieu d’une expérience spirituelle et non une réunion de plus, elles doivent être préparées dans la prière et introduites afin que chacun intègre peu à peu que nous allons nous mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint. Le but est de discerner ce que l’Esprit Saint veut pour notre Église (universelle et diocésaine) dans les années à venir. Nous pourrons ainsi, à l’image de ce que vivaient les premiers chrétiens (cf. Ac 15,1-35), promouvoir une culture de la rencontre (v 2.6), de l’écoute mutuelle (v 7-21) et du discernement en vue d’un commun accord (v 22-29). Dans un tel processus, ce n’est pas la majorité qui a raison, mais l’Esprit Saint ! Nos rencontres ne doivent pas craindre la diversité des opinions ou les désaccords. Toujours dans Ac 15, il y a une vraie controverse. Mais celle-ci sera dépassée. Non seulement parce qu’on va s’écouter et dialoguer, mais aussi parce que la perspective est clairement l’évangélisation. Sans cela, la discussion serait vaine. Tous sont bien convaincus d’être au service de Dieu qui agit : « ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (v 4). Pour que grandisse la conscience de nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint en vue de la mission, il est important de commencer les rencontres en priant et en invoquant l’Esprit Saint. L’éventuelle présence de personnes ne partageant pas ou peu notre foi (et qui sont les bienvenues) n’est pas un obstacle pour ce temps de prière. Lorsque nous sommes nous-mêmes invités au sein d’une communauté religieuse non chrétienne, nous ne sommes pas choqués de les voir prier, au contraire. Pour éviter d’en rester à des critiques ou des lamentations, il peut être bon d’inviter ceux qui le souhaitent à évoquer une belle expérience vécue en Église, à témoigner d’une grâce reçue, ou de la façon dont ils voient l’Esprit Saint à l’œuvre, y compris chez des non croyants. C’est ainsi que faisait Pierre, toujours en Ac 15, à propos des païens : « Dieu, qui connait les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous » (v 8). A l’image de l’assemblée de Jérusalem, ne craignons pas non plus de laisser advenir des temps de silence (v 12). Les rencontres synodales ont vocation à accueillir largement, au-delà de nos cercles habituels. Cette ouverture apportera de « l’air frais » à nos rencontres ! Il ne s’agit pas cependant de faire du nombre. Surtout au début, une rencontre en petit nombre peut permettre de vivre une belle expérience qui encouragera à aller plus loin. Chers frères et sœurs, je vous encourage à vous lancer dans cette aventure synodale. Les réticences peuvent se comprendre : il y a ceux qui ont peur de tout changement, ceux qui sont des « malades de la discussion » (cf. 1 Tim 6,4) et ceux qui veulent changer pour changer. Mais l’Esprit Saint, lui, sait où il veut nous mener. Si nous nous appuyons sur nos seules forces, nous ne pourrons pas relever les défis qui se présentent à nous dans ce monde en pleine mutation. Mais si nous nous appuyons sur l’Esprit Saint, sa puissance agira dans notre faiblesse et nous pourrons rendre grâce pour la façon dont Dieu a « ouvert aux païens la porte de la foi » (Ac 14,27).

+ Olivier de Germay Archevêque de Lyon [1] Concile Vatican II, Lumen Gentium, 12. [2] 17 octobre 2015, discours du Pape François lors de la commémoration du 50è anniversaire du Synode des évêques


En pratique


Mgr Olivier de Germay propose trois rencontres aux fidèles en plus de celles organisées par les différentes paroisses, communautés ou groupes.

  • Le samedi 29 janvier 2022 à Lyon – Maison Saint-Jean-Baptiste

Thème : La collaboration entre les différents états de vie. Horaires : 9h30 à 11h45

  • Le samedi 5 mars à Roanne – Centre Notre-Dame

Thème : Quel mode de présence de l'Église en rural ? Horaires : 9h15 à 12h

  • Le samedi 26 mars à Villefranche – Maison Sainte-Anne

Thème : La place des femmes dans l'Église. Horaires : 14h à 17h

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